« La Compagnie Hyde » : les premiers chapitres

En guise d’aperçu du roman, voici les cinq premiers chapitres de « La Compagnie Hyde ».

1

Trystian Kupetsky, la quarantaine bien entamée, poussa de toutes ses forces la plaque métallique qui scellait le conduit puant où il se trouvait. Le couvercle de fer rebondit sur la route et s’immobilisa. Trystian, vêtements poisseux et visage crasseux, s’extirpa des égouts et rampa sur le sol bétonné. Il se redressa en hoquetant et s’élança.

Sans s’arrêter, il descendit la rue en courant. Il regarda rapidement autour de lui avant de tourner à droite et de foncer de plus belle. La respiration saccadée, il risqua un coup d’œil par-dessus son épaule. Il déglutit péniblement. Deux silhouettes sortaient à leur tour des égouts.

— Putain, putain, putain, souffla Trystian.

Avec un parfait synchronisme, les deux hommes tournèrent la tête dans sa direction et se lancèrent aussitôt à sa poursuite.

Leur proie continua sa course et aperçut une ruelle, sur sa gauche. Il s’y enfonça sans ralentir et enjamba des poubelles renversées. Les cris de ses poursuivants résonnèrent dans la petite rue qu’il venait d’emprunter, et le son de leurs pas évoqua à Trystian des loups dont les griffes racleraient le sol. Il poussa un gémissement et secoua la tête.

Ce n’était pas le moment de penser à des trucs pareils !

Il essaya de chasser les prédateurs de son esprit, mais l’image de loups dévorant un agneau s’imposa à lui. Il sentit sa gorge se nouer et tenta de se retenir de pleurer.

En vain.

Derrière lui, les pas se rapprochaient. Il s’efforça de ne pas ralentir, mais il ne courait pas assez vite. Il se demandait à quelle distance se trouvaient ses assaillants, et n’eut pas l’occasion de se poser la question plus longtemps.

Scritch !

Il sentit des ongles acérés lui lacérer le dos. Déchirer son costume et sa peau. Il hurla. Sa vue se troubla et se couvrit d’un voile rouge. Le sang pulsait dans ses tempes. La frayeur déclencha en lui une poussée d’adrénaline inattendue. Sans s’en rendre tout à fait compte, il accéléra.

Il prit plusieurs virages à l’instinct, la peur embrumant son esprit. Il tenta de forcer sur ses muscles autant qu’il le pouvait. Il ne devait pas ralentir. Mais l’effet de l’adrénaline touchait à sa fin. Déjà, l’afflux d’énergie commençait à s’estomper. Trystian sut alors qu’il n’avait fait que retarder l’inévitable.

Ses poursuivants poussaient à présent des grognements qui n’avaient rien d’humain. Un frisson lui parcourut l’échine, comme si une main glacée lui raclait les os.

Ces types ne s’arrêteraient jamais. Pourquoi continuer à lutter ? Cette question se mit à tourner en boucle dans son esprit. Pourquoi lutter ? Pourquoi lutter ? Pourquoi…

Il tenta de résister quelques instants à cette idée, mais ne parvint pas à la repousser.

Arrête de lutter, se dit-il.

Il céda à l’épuisement et s’écroula.

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